Le signe de Lhermitte provoque une décharge électrique dans le dos lors de la flexion du cou. Quelle est la cause, comment se fait le diagnostic et quelle solution pour soulager ce symptôme neurologique méconnu.

 

Signe de Lhermitte : C’est quoi ?

Définition et mécanisme neurologique

Le signe de Lhermitte se caractérise par une sensation brutale de décharge électrique qui descend le long de la colonne vertébrale jusqu’aux membres. Cette sensation survient typiquement lors de la flexion du cou vers l’avant. C’est comme si un courant électrique traversait soudainement votre dos pour irradier vers vos bras ou vos jambes.

Ce symptôme porte le nom du neurologue français Jacques Jean Lhermitte, qui l’a décrit pour la première fois en détail en 1924. Bien que ses patients l’aient comparé à une « commotion électrique », il ne s’agit pas réellement d’électricité, mais d’une réaction nerveuse anormale.

Le mécanisme est lié à une perturbation de la gaine de myéline, cette enveloppe protectrice qui entoure les fibres nerveuses de la moelle épinière. Quand cette gaine est endommagée (démyélinisation), les signaux nerveux peuvent se propager de manière anarchique, créant cette sensation particulière de décharge.

Comment se manifeste ce symptôme au quotidien ?

Au quotidien, le signe de Lhermitte peut être déclenché par des gestes aussi simples que :

  • Baisser la tête pour regarder son téléphone
  • Se pencher pour lacer ses chaussures
  • Faire des exercices d’étirement du cou

La sensation dure généralement une fraction de seconde à quelques secondes. Elle peut être légère comme un picotement ou intense au point d’être douloureuse. Certains patients la décrivent comme « un éclair qui traverse le corps », d’autres comme « une décharge électrique qui descend dans le dos et les jambes ».

Le signe de Lhermitte se distingue d’autres sensations neurologiques par son caractère très bref et son déclenchement spécifique lors de la flexion du cou. Il ne s’accompagne pas nécessairement de douleur persistante ou de faiblesse musculaire, contrairement à d’autres symptômes neurologiques.

Signe de Lhermitte cause

La sclérose en plaques : Cause la plus fréquente

Parmi les différentes affections pouvant provoquer ce symptôme, la sclérose en plaques (SEP) figure en tête de liste. On estime qu’environ 40 % des patients atteints de SEP auront le signe de Lhermitte à un moment ou un autre de leur maladie.

Dans la SEP, le système immunitaire attaque par erreur la gaine de myéline qui protège les fibres nerveuses. Cette démyélinisation crée des zones d’inflammation au niveau de la moelle épinière cervicale, rendant les nerfs plus sensibles aux mouvements et aux étirements. Le signe de Lhermitte peut d’ailleurs être l’un des premiers symptômes révélateurs d’une SEP, parfois des mois ou des années avant que d’autres manifestations n’apparaissent.

Dans le contexte de la sclérose en plaques, le signe de Lhermitte présente certaines particularités : il peut fluctuer en intensité selon les poussées de la maladie, s’améliorer avec les traitements de fond, et parfois disparaître complètement pendant les périodes de rémission.

Signe de Lhermitte sans SEP

Cependant, il convient de souligner que sa présence ne signifie pas automatiquement un diagnostic de SEP, d’autres causes doivent être envisagées.

Signe de Lhermitte : Autres affections neurologiques associées

Bien que la SEP soit la cause la plus connue, le signe de Lhermitte peut être le symptôme d’autres affections touchant la moelle épinière :

  • Parmi celles-ci, la syringomyélie mérite une attention particulière. Cette pathologie se caractérise par la formation d’une cavité remplie de liquide (syrinx) au sein de la moelle épinière. Quand elle affecte la région cervicale, les mouvements du cou peuvent provoquer cette sensation de décharge électrique si caractéristique. La syringomyélie s’accompagne souvent d’autres symptômes comme des troubles de la sensibilité thermique ou des douleurs persistantes.
  • Les malformations de la jonction crânio-cervicale, comme la malformation d’Arnold-Chiari, peuvent également déclencher ce symptôme. Dans ces cas, c’est la compression de la moelle épinière lors de la flexion du cou qui génère la sensation de décharge.
  • La myélopathie cervicale, quant à elle, résulte généralement d’une arthrose cervicale ou d’une hernie discale comprimant la moelle épinière.
  • Les traumatismes de la moelle épinière, même mineurs, peuvent aussi être à l’origine du signe de Lhermitte. On l’observe parfois chez des personnes ayant subi un « coup du lapin » lors d’un accident de voiture.

Décharges électriques dans le corps : Causes moins connues mais importantes

Certaines causes du signe de Lhermitte sont souvent négligées alors qu’elles peuvent être facilement traitables.

  • La carence en vitamine B12 en est un parfait exemple. Cette vitamine est essentielle dans le maintien de l’intégrité de la myéline. Une carence prolongée peut entraîner une démyélinisation progressive et l’apparition du signe de Lhermitte. Cette situation s’observe chez les végétaliens stricts, les personnes âgées ou celles souffrant de troubles d’absorption intestinale.
  • La radiothérapie, notamment celle ciblant la région cervicale ou thoracique, peut parfois provoquer ce symptôme. C’est ce qu’on appelle le « signe de Lhermitte induit par la radiothérapie ». Il apparaît généralement quelques mois après le traitement et peut persister pendant une période variable.
  • Certaines infections du système nerveux central comme les méningites, les myélites ou les abcès épiduraux peuvent également être responsables de ce symptôme. Dans ces cas, d’autres signes neurologiques ou infectieux sont habituellement présents.
Homme fatigué SEP

Décharge électrique colonne vertébrale : Diagnostic

Examen clinique neurologique

Face à un patient décrivant des symptômes évocateurs du signe de Lhermitte, le neurologue commence par un examen clinique approfondi. Le médecin pourra demander au patient de fléchir doucement la tête vers l’avant.

Le praticien recherche également d’autres signes neurologiques qui pourraient orienter vers une cause spécifique :

  • Réflexes anormalement vifs ou diminués
  • Troubles de la sensibilité (engourdissements, picotements)
  • Faiblesse musculaire dans les membres
  • Troubles de l’équilibre ou de la coordination

Les questions posées lors de la consultation sont tout aussi importantes. Le médecin s’intéressera à l’ancienneté des symptômes, aux circonstances d’apparition, aux facteurs aggravants et aux antécédents médicaux du patient.

Signe de Lhermitte : Examens d’imagerie

  • Sclérose en plaques IRM : L’IRM cervicale et cérébrale est l’examen de référence pour explorer les causes du signe de Lhermitte. Cette technique d’imagerie permet de visualiser avec précision la moelle épinière et de détecter d’éventuelles anomalies comme les zones de démyélinisation dans la SEP, les cavités syringomyéliques, les compressions médullaires ou les anomalies structurelles. Des séquences spécifiques peuvent être réalisées pour mettre en évidence certaines pathologies.
  • Dans certains cas, d’autres techniques d’imagerie peuvent compléter l’exploration : scanner, myélographie, angiographie médullaire… L’interprétation des résultats doit toujours être corrélée aux symptômes du patient et à l’examen clinique.

Douleur nuque et haut du dos : Tests complémentaires selon les causes suspectées

  • La ponction lombaire peut être précieuse pour confirmer certains diagnostics. L’analyse du liquide céphalo-rachidien peut révéler des signes d’inflammation, d’infection ou la présence de bandes oligoclonales évocatrices de SEP.
  • Des tests sanguins sont souvent prescrits pour rechercher une carence en vitamine B12, des marqueurs inflammatoires élevés ou d’autres anomalies biologiques. Un dosage de la vitamine B12 inférieur à 200 pg/mL peut expliquer l’apparition du signe de Lhermitte.
  • Les potentiels évoqués (visuels, auditifs ou somesthésiques) peuvent mettre en évidence des ralentissements de la conduction nerveuse, témoins d’une démyélinisation. Ces examens non invasifs sont particulièrement utiles dans le diagnostic de la SEP.

Traitements et solutions pour soulager le signe de Lhermitte

Signe de Lhermitte traitement

Certains médicaments peuvent soulager directement cette sensation de décharge électrique :

  • Les anti-inflammatoires et corticostéroïdes sont souvent utilisés, notamment dans les poussées de SEP. La méthylprednisolone à forte dose peut réduire rapidement l’inflammation de la moelle épinière et atténuer le symptôme.
  • Pour les patients atteints de SEP, les traitements de fond comme les interférons, l’acétate de glatiramère ou les thérapies plus récentes visent à réduire la fréquence des poussées et à ralentir la progression de la maladie, diminuant ainsi l’occurrence du signe de Lhermitte.
  • Certains médicaments agissant sur les canaux ioniques des nerfs, comme la carbamazépine ou la gabapentine, plus connus sous le nom de Neurontin, Trileptal, Lyrica, peuvent être prescrits spécifiquement pour atténuer la sensation de décharge électrique (efficaces aussi pour la névralgie du trijumeau). Ces traitements, habituellement utilisés contre l’épilepsie ou les douleurs neuropathiques, peuvent apporter un soulagement.

Thérapies physiques et réadaptation

Au-delà des médicaments, les approches physiques peuvent soulager le signe de Lhermitte.

  • Les exercices de renforcement cervical : Ils peuvent aider à stabiliser la colonne vertébrale et réduire les mouvements excessifs qui déclenchent les symptômes.
  • Les thérapies posturales : Un kinésithérapeute spécialisé peut enseigner des techniques permettant de maintenir une position neutre du cou, particulièrement bénéfique pour les personnes dont le travail implique de regarder vers le bas pendant de longues périodes.
  • Certaines techniques de physiothérapie spécifiques comme la mobilisation douce des articulations cervicales ou les étirements contrôlés peuvent apporter un soulagement. Ces approches doivent toutefois être réalisées par des professionnels formés, car des manipulations inappropriées pourraient aggraver les symptômes.

Syndrome de Lhermitte : Faire quelques modifications au quotidien

Vivre avec le signe de Lhermitte nécessite souvent d’adopter certaines modifications dans la vie quotidienne.

1- L’ergonomie du poste de travail : Un écran d’ordinateur placé à hauteur des yeux évite de baisser constamment la tête.

2- Identifier les paramètres déclencheurs : Pour certains patients, cela peut impliquer d’éviter certaines activités sportives ou de les adapter. D’autres apprennent à tourner tout le buste plutôt que juste le cou pour regarder sur les côtés.

3-Utilisez divers outils d’assistance peuvent faciliter le quotidien : Colliers cervicaux souples pour les périodes d’exacerbation, oreillers ergonomiques préservant l’alignement du cou pendant le sommeil, applications de rappel pour faire des pauses et changer de position régulièrement.

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Homme souffrant de décharge électrique dans la colonne vertébrale

Quand consulter en urgence ?  

Consultation rapide quand les symptômes s’aggravent

Bien que le signe de Lhermitte ne soit généralement pas une urgence médicale en soi, certaines situations requièrent une consultation rapide.

  • Une progression rapide des symptômes sur quelques jours, particulièrement si elle s’accompagne d’une intensification de la douleur, devrait vous amener à consulter sans tarder.
  • L’apparition de déficits neurologiques additionnels comme une faiblesse musculaire progressive, des troubles de l’équilibre nouveaux ou une perte de sensibilité qui s’étend mérite également une attention médicale immédiate. Ces symptômes pourraient indiquer une compression médullaire qui, non traitée, pourrait entraîner des séquelles permanentes.
  • Des douleurs intenses ou persistantes au niveau cervical, différentes de la sensation habituelle de décharge électrique, pourraient signaler une complication comme une hernie discale aiguë ou une infection. N’hésitez pas à contacter votre médecin ou à vous rendre aux urgences si la douleur devient insupportable ou s’accompagne de fièvre.

Signes de Lhermitte causes : Particularités selon les pathologies  

  • Pour les patients atteints de sclérose en plaques, une exacerbation soudaine du signe de Lhermitte accompagnée de nouveaux symptômes visuels ou moteurs peut signaler une poussée nécessitant un traitement rapide par corticostéroïdes.
  • Dans le cas des compressions médullaires, qu’elles soient dues à une hernie discale, une arthrose cervicale ou une tumeur, l’apparition de troubles sphinctériens (difficultés à uriner ou incontinence) est un drapeau rouge absolu nécessitant une prise en charge urgente.
  • Une évolution anormale des symptômes doit également vous alerter. Si le signe de Lhermitte persiste, même au repos, s’intensifie malgré le traitement, ou s’accompagne de maux de tête sévères, ne tardez pas à consulter. Il Il vaut mieux une visite médicale qui se révèle non urgente qu’un retard de prise en charge aux conséquences potentiellement graves.

Vivre avec le signe de Lhermitte : Témoignages

Marine, 40 ans, témoigne : « La première fois que j’ai ressenti cette décharge, j’étais en train de consulter mes emails. J’ai baissé la tête et soudain, j’ai senti comme un courant électrique qui partait de ma nuque pour descendre jusqu’au bout de mes orteils. Ça n’a duré qu’une seconde, mais c’était saisissant « .

Tom, 37 ans, souffre d’épisodes fréquents du signe de Lhermitte à la suite d’une myélopathie cervicale. Après six semaines d’exercices ciblés, la fréquence de ses symptômes a diminué de moitié. « Je ne pensais pas que de simples exercices pourraient faire une telle différence ».

Clara, enseignante de 41 ans atteinte de SEP, a transformé sa façon de travailler : « J’ai investi dans un support pour livre et j’utilise un stylo à préhension facile. Ça paraît anodin, mais ça a changé ma vie professionnelle ».

Signe de Lhermitte : La conclusion

Le signe de Lhermitte, cette sensation de décharge électrique si particulière, reste un symptôme inquiétant qui peut révéler diverses affections neurologiques. S’il est souvent associé à la sclérose en plaques, nous avons vu qu’il peut aussi signaler d’autres pathologies comme une compression médullaire, une carence en vitamine B12 ou des séquelles de radiothérapie.

L’importance d’un diagnostic précis ne saurait être trop soulignée. C’est lui qui déterminera l’approche thérapeutique la plus adaptée, qu’elle soit médicamenteuse, physique ou comportementale. Les examens d’imagerie, notamment l’IRM, jouent un rôle central dans cette démarche diagnostique.

Heureusement, dans la majorité des cas, des solutions existent pour soulager ce symptôme et améliorer la qualité de vie. De la simple adaptation posturale aux traitements médicamenteux spécifiques, l’arsenal thérapeutique s’est considérablement enrichi ces dernières années.

FAQ sur le signe de Lhermitte

Le signe de Lhermitte est-il toujours lié à la sclérose en plaques ?

Non, bien que la SEP soit une cause fréquente, ce symptôme peut être provoqué par diverses affections comme une hernie discale cervicale, une carence en vitamine B12, ou des séquelles de radiothérapie.

Est-ce que les décharges électriques peuvent causer des dommages permanents ?

Non, la sensation elle-même est un symptôme et non une cause de lésion. Elle signale un problème ne provoque pas de dommage supplémentaire aux nerfs.

Quelles activités physiques sont recommandées ou déconseillées ?

Les activités douces comme la marche, la natation adaptée ou le yoga modifié sont généralement bien tolérées. En revanche, les sports impliquant des mouvements brusques du cou comme le trampoline, le plongeon ou certains arts martiaux peuvent exacerber les symptômes.

Ce symptôme peut-il disparaître complètement ?

Oui, dans de nombreux cas. Lorsque la cause sous-jacente est traitée efficacement, comme une carence en B12 corrigée ou une poussée de SEP maîtrisée, le signe de Lhermitte peut s’atténuer, voire disparaître.

Comment expliquer ce symptôme à mon entourage ?

Vous pouvez le décrire comme un « court-circuit » temporaire dans le système nerveux. Expliquez que certains mouvements du cou créent une sensation semblable à une décharge électrique qui descend dans le dos, sans danger immédiat, mais inconfortable.

Les traitements alternatifs peuvent-ils soulager ce symptôme ?

Certaines approches comme l’acupuncture, le taï-chi adapté ou les techniques de relaxation semblent bénéfiques pour certains patients, bien que les preuves scientifiques restent limitées. Ces approches peuvent compléter, mais ne doivent pas remplacer, les traitements médicaux conventionnels.